Introduction
L'intégralité des textes qui suivent provient de la plaquette A la découvert de Saint-Didier-de-Formans publiée à l'occasion des "Dimanches du patrimoine" de juin 2009 organisés par l'office du tourisme de la Communauté de communes Saône Vallée. Elle a été réalisée par la commission municipale Culture et Patrimoine conjointement avec des membres de l'association Saint-Didier Commune Rurale (ASDCR). Que soient remerciées toutes les personnes qui ont permis de reprendre ici ce travail.
Saint-Didier-de-Formans : trois sites, une histoire
Durant de nombreux siècles, Saint-Didier-de-Formans a vécu essentiellement des cultures du froment et de la vigne ainsi que de l’élevage. Avec l’évolution régionale, de nombreux cultivateurs ou vignerons se sont tournés vers l’artisanat ou le tertiaire. Sur l’espace communal, une magnanerie a vu le jour ; mais c’est surtout la spécialité locale qui a attiré le plus de candidats : le tirage de l’or ou de l’argent. Si un certain nombre de Désidériens travaillent sur place à la filière Brenon, beaucoup besognent dans les filières de Trévoux. Puis l’artisanat se développe, ou bien d’autres partent tra-vailler dans des entreprises plus éloignées.

L’histoire de Saint-Didier-de-Formans se révèle très ancienne. Du paléolithique à nos jours, elle s’est déroulée en trois étapes qui ont chacune donné naissance à trois sites différents : « La Paillassière », « Le Vieux Bourg », le « Nouveau Bourg ».
C’est au lieu-dit « La Paillassière » que le centre de vie a perduré durant plusieurs millénaires. Sur ce site, les fouilles successives des archéologues ont permis de dégager des vestiges datant du paléolithique et du néolithique. Là s’est développée à l’époque augustéenne une vaste et opulente villa gallo-romaine, s’étendant sur plusieurs dizaines d’hectares et qui, au VIe, siècle, exerçait encore son activité agricole. Bien plus tard, (au XIe siècle), c’est à proximité que s’installe la puissante seigneurie des sires de Tanay. Les invasions barbares ont probablement amené les habitants à investir la butte de l’actuel vieux Bourg, ainsi qu’en témoignent les substructures retrouvées d’un château remontant au XIe siècle, totalement détruit par la suite ; à la même époque fut construite une église qui est rasée dans la seconde moitié du XIXe siècle, et dont un des murs est resté intégré à l’actuelle chapelle. Sur les éléments du château du XIe siècle, César de Bernoud, qui venait d’acquérir des terres et les droits de justice sur Saint-Didier-de-Formans, a fait construire un manoir, vite transformé en château. Si les seigneurs de Tanay ont profondément marqué l’histoire du village aux XIe et XIIe siècles, ce sont les Hubert de Saint Didier qui l’ont le plus imprégnée.
Durant de nombreux siècles, la religion a orienté la vie des hommes. Saint-Didier-de-Formans en a gardé des traces avec ses églises, chapelles et croix de mission diverses. Ici, ce sont les édifices religieux qui ont déterminé les centres de vie des paroisses. Autour d’eux se regroupaient les cafés, et autres commerces. Saint-Didier-de-Formans n’a pas échappé à la règle : l’édifice du culte catholique a été déplacé au lieu dit « Le Berrier » à la fin du XIXe siècle. Progressivement, les cafés et les commerces du Vieux-Bourg ont suivi, engendrant la construction de nouvelles habitations et de la mairie-école et donnant naissance à l’actuel cœur de village.
Aujourd’hui, avec le développement démographique, l’ancien et le nouveau bourg sont réunis. Alors que ces deux lieux-dits ont même appartenu durant plusieurs siècles à des juridictions différentes. Acheté en 1239 par l’Eglise de Lyon, un tiers de la paroisse, situé au nord-ouest, est devenu portion du « Franc Lionnois ». Situé sur les hauteurs, il s’est retrouvé indépendant des deux autres tiers inclus dans la Principauté de Dombes : le Formans, qui traverse le village d’est en ouest, servant de frontière entre ces deux « païs ». L’importance de ce ruisseau ne s’arrête pas là ; irrigant les cultures par ses biefs et créant une activité importante avec ses trois moulins, il a été un facteur prépondérant de l’activité du village.
Il n’est pas possible de parler du Formans ou de l’histoire du village, sans évoquer le drame qui s’est déroulé au lieu dit Roussille en 1944 et que commémore un monument dressé sur place.
Le nom du village a évolué avec son histoire : à l’époque gallo-romaine, il s’appelait Vindonissa, Vendonessa ou « Vendonesse ». A la suite du martyre de saint Didier en 607, et de la translation de son corps à Vindonissa en 620, le village prit le nom de Sanctus Desiderius de Vindonissa, puis Sanctus Desiderius in Bixia (Saint-Didier-en-Bresse) et enfin Sanctus Desiderius in Dombis. Le ruisseau, frontière naturelle au cœur de notre village lui donne ensuite son nom : Sanctus Desiderius in Dombis devient Sanctus Desiderius de Froment, évoluant enfin vers la forme « de Formans ». Pour montrer sa fidélité à la « Montagne », victorieuse des Girondins, la municipalité de l’époque supprime le Sanctus Desiderius durant un an : le toponyme devenant Fromant (ou Froment) la Montagne. Une fois la tourmente révolutionnaire passée, notre village retrouve son nom – francisé – des XIIe-XIVe siècles : Saint-Didier-sur-Formans puis Saint-Didier-de-Formans.
Mieux connaître Saint-Didier, c’est mieux connaître son histoire, par le biais des trois sites qui l’ont fait vivre : l’espace gallo-romain de « La Paillassière », l’espace médiéval du « Vieux Bourg » et le « nouveau cœur de village».
Saint-Didier-de-Formans : trois sites, une histoire
Figure 1. Allée de mûriers de l’ancienne magnanerie. On y cultivait le Bombyx mori (ver à soie) et on y filait la soie.
|
Durant de nombreux siècles, Saint-Didier-de-Formans a vécu essentiellement des cultures du froment et de la vigne ainsi que de l’élevage. Avec l’évolution régionale, de nombreux cultivateurs ou vignerons se sont tournés vers l’artisanat ou le tertiaire. Sur l’espace communal, une magnanerie a vu le jour ; mais c’est surtout la spécialité locale qui a attiré le plus de candidats : le tirage de l’or ou de l’argent. Si un certain nombre de Désidériens travail-lent sur place à la filière Brenon, beaucoup besognent dans les filières de Trévoux. Puis l’artisanat se dévelop-pe, ou bien d’autres partent tra-vailler dans des entre-prises plus éloignées.
L’histoire de Saint-Didier-de-Formans se révèle très ancienne. Du paléolithique à nos jours, elle s’est déroulée en trois étapes qui ont chacune donné naissance à trois sites différents : « La Paillassière » , « Le Vieux Bourg », le « Nouveau Bourg ».
C’est au lieu-dit « La Paillassière » que le centre de vie a perduré durant plusieurs millénaires. Sur ce site, les fouilles successives des archéologues ont permis de dégager des vestiges datant du paléolithique et du néolithique.
Là s’est développée à l’époque augustéenne une vaste et opulente villa gallo-romaine, s’étendant sur plusieurs dizaines d’hectares et qui, au VIe, siècle, exerçait encore son activité agricole. Bien plus tard, (au XIe siècle), c’est à proximité que s’installe la puissante seigneurie des sires de Tanay.
Figure 2. Vue générale du village.
|
Les invasions barbares ont probablement amené les habitants à investir la butte de l’actuel vieux Bourg, ainsi qu’en témoignent les substructures retrouvées d’un château remontant au XIe siècle, totalement détruit par la suite ; à la même époque fut construite une église qui est rasée dans la seconde moitié du XIXe siècle, et dont un des murs est resté intégré à l’actuelle chapelle. Sur les éléments du château du XIe siècle, César de Bernoud, qui venait d’acquérir des terres et les droits de justice sur Saint-Didier-de-Formans, a fait construire un manoir, vite transformé en château. Si les seigneurs de Tanay ont profondément marqué l’histoire du village aux XIe et XIIe siècles, ce sont les Hubert de Saint Didier qui l’ont le plus imprégnée.
Durant de nombreux siècles, la religion a orienté la vie des hommes. Saint-Didier-de-Formans en a gardé des traces avec ses églises, chapelles et croix de mission diverses. Ici, ce sont les édifices religieux qui ont déterminé les centres de vie des paroisses. Autour d’eux se regroupaient les cafés, et autres commerces. Saint-Didier-de-Formans n’a pas échappé à la règle : l’édifice du culte catholique a été déplacé au lieu dit « Le Berrier » à la fin du XIXe siècle. Progressivement, les cafés et les commerces du Vieux-Bourg ont suivi, engendrant la construction de nouvelles habitations et de la mairie-école et donnant naissance à l’actuel cœur de village.
Aujourd’hui, avec le développement démographique, l’ancien et le nouveau bourg sont réunis. Alors que ces deux lieux-dits ont même appartenu durant plusieurs siècles à des juridictions différentes. Acheté en 1239 par l’Eglise de Lyon, un tiers de la paroisse, situé au nord-ouest, est devenu portion du « Franc Lionnois ». Situé sur les hauteurs, il s’est retrouvé indépendant des deux autres tiers inclus dans la Principauté de Dombes : le Formans, qui traverse le village d’est en ouest, servant de frontière entre ces deux « païs ». L’importance de ce ruisseau ne s’arrête pas là ; irrigant les cultures par ses biefs et créant une activité importante avec ses trois moulins, il a été un facteur prépondérant de l’activité du village.
Il n’est pas possible de parler du Formans ou de l’histoire du village, sans évoquer le drame qui s’est déroulé au lieu dit Roussille en 1944 et que commémore un monument dressé sur place.
Le nom du village a évolué avec son histoire : à l’époque gallo-romaine, il s’appelait Vindonissa, Vendonessa ou « Vendonesse ».
Figure 3. Vue générale au début du XXe siècle.
|
A la suite du martyre de saint Didier en 607, et de la translation de son corps à Vindonissa en 620, le village prit le nom de Sanctus Desiderius de Vindonissa, puis Sanctus Desiderius in Bixia (Saint-Didier-en-Bresse) et enfin Sanctus Desiderius in Dombis. Le ruisseau, frontière naturelle au cœur de notre village lui donne ensuite son nom : Sanctus Desiderius in Dombis devient Sanctus Desiderius de Froment, évoluant enfin vers la forme « de Formans ». Pour montrer sa fidélité à la « Montagne », victorieuse des Girondins, la municipalité de l’époque supprime le Sanctus Desiderius durant un an : le toponyme devenant Fromant (ou Froment) la Montagne. Une fois la tourmente révolutionnaire passée, notre village retrouve son nom – francisé – des XIIe-XIVe siècles : Saint-Didier-sur-Formans puis Saint-Didier-de-Formans.
Mieux connaître Saint-Didier, c’est mieux connaître son histoire, par le biais des trois sites qui l’ont fait vivre : l’espace gallo-romain de « La Paillassière », l’espace médiéval du « Vieux Bourg » et le « nouveau cœur de village».
La visite de Saint-Didier-de-Formans qui vous est proposée est construite à partir de chacun de ces trois sites, détaillés plus loin. Profitez-en aussi pour découvrir les sites plus récents qui se sont greffés autour d’eux.
Vindonissa
Le site de la Paillassière à Saint-Didier-de-Formans : Vindonissa la Romaine
Situé à La Paillassière, Vindonissa, premier site connu de notre village, était d’une réelle influence, tant par son opulence que par son étendue. Les fouilles dirigées par Charles Caclin ont permis d’y découvrir des enduits peints de couleur, des mosaïques (plus d’un millier de tesselles de pierre, de brique, de pâte de verre), du marbre blanc et des éléments de pavage en pierre noire, de nombreux tessons de céramiques (sigillées, terra nigra, etc.), des monnaies, et une magnifique tête de statue en marbre blanc. En outre, l'existence de nombreux toponymes romains locaux suggérent la présence d'une vie romaine avoisinant le site principal de la Paillassière.
Les multiples vestiges (écuelles, assiettes, jattes, pots, etc.) trouvés sur le site, et appartenant à des époques successives témoignent de l’activité qui y régnait. Elle s'exprimait dans des occupations diverses.
Comme les autres sites romains des environs, le site de la Paillassière est en limite de plusieurs catégories de sols, ce qui favorise la variété des cultures : cultures maraîchères, production de froment en plaine, et culture de la vigne sur les hauteurs. Les nombreux déchets de poulets retrouvés dans le puits de la villa gallo-romaine par Valentin-Smith (XIXe siècle) indiquent la présence de leur élevage sur place. On peut également supposer la présence d’un élevage de porcs, activité dans laquelle les Gaulois étaient experts et animal dont les Romains étaient friands. La Paillassière est un établissement exportateur. Les gros centres de production sont tous situés sur la côtière et au débouché de talweg. Cela permet à ces centres plus importants de commercialiser les productions des petits fermiers implantés sur le Plateau.
Déjà avant la venue des Romains, la Gaule possède un efficace réseau de communications : les fleuves et leurs affluents praticables sont très utilisés. La Saône se taille une place de choix dans ce réseau fluvial. La voie de la rive gauche, plus proche de la rivière, relie Lyon à Mâcon en passant sans doute à la Paillassière où elle croise la voie conduisant à Châtillon. On le voit, Vindonissa peut commercer assez loin pour exporter ses productions locales : produits maraîchers ou d’élevage, vins, verreries… Elle importe également des fournitures venant, elles aussi, de loin (notamment de Rome, tels que des articles de luxe), ou des huîtres dont J. E. Valentin-Smith a retrouvé de très nombreuses coquilles dans le puits du site.
Naissance et fin de Vindonissa
Pour construire l’importante villa de la Paillassière, les Romains disposaient sur place de nombreuses matières premières. La terre d’excellente qualité, pour ce type d’usage, permet de construire directement des murs ou de fabriquer des briques cuites. Le sable peut être puisé dans le lit de la rivière ou dans des carrières à ciel ouvert. Les galets trouvent un usage dans les fondations ou dans l’élaboration de certains murs. Le bois, proche et abondant, servait aux constructions, au chauffage, aux fours à chaux. La Paillassière continue à fonctionner jusqu’à la fin du IVe, voire le début du Ve siècle. Durant cette longue période, la vie du site et sa fonction ont évolué. C’est, sans doute, sous une autre forme qu’il est encore fréquenté au VIe siècle. C’est donc pendant plus ou moins 6 siècles que le cœur de notre village, du nom de Vindonissa est situé à La Paillassière. Le site n’a pas donné naissance à un village plus récent. Il paraît probable qu'à l'époque médiévale le regroupement de la population sur l’agglomération de Trévoux se soit fait à son détriment, estime Charles Caclin. En l’état actuel des recherches, il ne nous est pas permis d’en savoir plus. La présence de pierres rougies et de cendres abondantes, parmi les vestiges, laissent à penser que le site fut la proie d’un vaste incendie. Certains auteurs y voient la preuve d'une destruction massive : « Le régime de violence inauguré par les barbares, accourus du fond de la Germanie, se continuera pendant une grande partie du moyen âge. On se regroupait autour des châteaux et des villes et personne n’osait s’aventurer à construire une demeure dans les grands bois ou dans les plaines qui couvraient les deux rives de la Saône», écrit Adrien Arcelin (« Les berges de la Saône », dans La revue du Lyonnais, Série 3, n°5, 1868, spéc. p. 275). La vie du site de La Paillassière s'est probablement achevée dans un incendie.
Le Vieux-Bourg
De quand date précisément l’histoire de l’espace médiéval que les Désidériens appellent aujourd’hui « le Vieux Bourg » ? En l’état actuel des documents connus, cela est difficile à dire.
Un château a été dressé sur cette colline au XIe siècle, de même que l’église dont il reste aujourd’hui un mur intégré à la chapelle. Avec le rachat de cette partie de Saint-Didier-de-Formans par l’archevêque de Lyon et son évolution en Franc-Lyonnais, ce secteur du village a pris, en son temps, de l’importance. La création d’un nouveau château au XVIe siècle et surtout la venue des Hubert de Saint Didier dont les deux premiers membres furent syndics du Franc-Lyonnais, ont amplifié ce développement. Avec le départ des Hubert de Saint Didier, la vente de leurs biens à l’époque de la Révolution et la destruction du château, la vie au Vieux Bourg s’est amenuisée. Pourtant, en 1866, à la fin de la construction de la nouvelle église, on y comptait encore un café (non localisé), un café-épicerie (184, Ch. du Vieux Bourg), un maréchal-ferrant (206, Ch. du Vieux Bourg), une maison communale avec mairie et école (34, Ch. du Vieux Bourg). C’est le déplacement de l’église qui a entraîné une désertification nette, bien que provisoire. Ainsi, en 1872, ce centre de vie perd officiellement pour la première fois son privilège de « bourg » au profit du Berrier. De la grande époque de cet espace médiéval, il ne reste guère que la chapelle et quelques éléments subsistants de l’ancien château.
La chapelle
Deux chapelles seigneuriales, au moins, ont précédé l’actuel bâtiment. La première chapelle connue remonte à 1313 et se trouvait dans l’enceinte du château de Tanay. Il est toutefois fort probable que, dès la construction du château (au XIe siècle), une chapelle y ait été incluse. En 1373 les Seigneurs de Tanay se font construire une petite chapelle contre l’église de l’époque, située sur la hauteur, au milieu de l’ancien cimetière. Cette chapelle, qui est leur propriété privée, est « fondée ad honorem Beate Marie ». Située entre les deux fenestrons ogivaux de l’église, elle mesure 4,30 m en nord /sud (sans compter une éventuelle abside) et 3,30 m. en est/ouest. Sa hauteur sous plafond est d’environ 2 m. (1,60 m. du sol actuel). Elle ouvrait sur le cimetière par une porte située dans le mur ouest et s’ancrant sur l’église. En 1523, à la création du chapitre de Trévoux, ladite chapelle lui est rattachée ; c’est sans doute à cette époque qu’est percée une ouverture de style gothique permettant de communiquer avec l’église (arcade ouest du mur sud). Cette ancienne chapelle est signalée au XVe siècle comme étant dédiée à la Vierge. Elle était couramment appelée « la chapelle des Gallien » en référence aux seigneurs de Tanay.
La chapelle actuelle (1610-1612)
Le 8 janvier 1605, le chapitre de Trévoux vend au Sire Jacques de Bernoud, les restes de la chapelle de 1373, qui, trop proche de l’église et trop loin de Tanay, est à l’abandon, d’autant que les Galien, alors seigneurs de Tanay n’ont pas la richesse de leurs prédécesseurs et que les messes liées à la prébende de la chapelle sont célébrées à Trévoux (tous les mercredis). Jacques de Bernoud, qui a déjà acquis des biens sur Saint-Didier, rase les ruines qu’il a achetées et, en 1610-1612, fait construire une nouvelle chapelle plus vaste (l’actuelle), au même emplacement. Elle « est aussi large et presque aussi longue que l’église elle-même. » Comme la précédente, elle est accolée à l'église de l'époque et le Sieur Bernoud fait pratiquer une deuxième ouverture dans le mur commun avec l'église, « pour avoir vue dans sa chapelle ». C'est l'arcade est du mur sud. Très mécontent parce que « le sieur Bernoud a fait, sans permission, rompre la muraille de ladite église, » l’archevêque de Lyon, Mgr de Marquemont, venu en visite pastorale, ordonne de « clore avec des barreaux de fer ladite ouverture de muraille ». La grille mise en place à la suite de cette décision est récupérée, lors des travaux de 1793, pour remplacer, dans l’église, le milieu de la table de communion alors en bois et dégradé. Au XVIIe siècle, en passant par le cimetière, le sire de Bernoud peut entrer, dans sa chapelle, par une porte cintrée, dont le seuil subsiste encore : « elle baille ouverte à toute l’église » (Mgr de Marquemont). Elle est bouchée lors des travaux de 1793 ; l’entrée se faisant alors par l’église, via l’arcade est. Elle sera remplacée en 1837-1839 par la porte ouest dont les ventaux ont été totalement refaits en 2001.
A l’origine, trois grandes baies destinées à éclairer l’autel qu’elles dominaient perçaient le mur est. Hautes de 2 m., elles commençaient à environ 1,60 m. du sol. mais furent obstruées au XVIIIe siècle, pour permettre la construction de l’abside destinée à encastrer une niche en pierre pour y accueillir une statue. L’abside est venue s’accoler à une sacristie du XVIIe siècle desservant l’église, et dont elle garde une échancrure. En 1885, lors de la destruction de l'ancienne église du XIe siècle, le mur commun à celle-ci et à la chapelle est sauvegardé. Les deux angles de ce mur doivent alors être renforcés par des briques en élévation.
Les Hubert de Saint Didier, qui en avaient fait leur chapelle seigneuriale, firent enterrer plusieurs membres de leur famille dans la petite crypte. Les écrits prouvent que deux adultes y furent ensevelis : Benoît Victor Hubert de Saint Didier en 1775, et Dame Jeanne Valfray en 1777. Les fouilles de 2001 ont révélé la présence en surface de deux squelettes allongés, non identifiés, l'un d'adulte, l'autre d'enfant.
La chapelle contenait, incrustée dans un buste du saint en bois doré, une relique de saint Didier. Celle-ci disparut à la révolution. Peut-être retrouvée plus tard par les Hubert de Saint Didier, cette relique fut la source d’un conflit avec l’évêché de Belley qui refusa toujours de l’authentifier.
A sa construction, la chapelle fut placée par le sire de Bernoud « sous le vocable de la Résurrection ». Par la suite, elle fut dédiée à « l'Immaculée Vierge Marie ». C'est ce qu'indiquent notamment le rapport de visite pastorale du 8 novembre 1700 et une bulle du pape Pie VI datant de 1791. Si l’on en croit le conseil municipal de 1823, Ennemond Augustin Hubert de Saint Didier en aurait fait don à la commune. Suite à une décision du conseil municipal, lors de sa séance du 23 décembre 1838, la chapelle, remise en état, est carrelée, dotée d’un autel avec gradins et « la niche aménagée dans la petite abside est décorée de cannelures, de moulures en plâtre et flanquée d’une statue sobrement qualifiée de dorique ». Au cours des mêmes travaux, la petite porte du mur nord est murée et remplacée par le portail actuel du mur ouest. En 1865, la municipalité de l’époque envisage de la raser et fait établir un devis de démolition dont le montant s’élève à 3780 Fr. TTC ; puis en 1869 elle pense détruire les murs est, nord et ouest et ne sauvegarder que le mur sud (pour conserver un vestige de l’ancienne église). Ce nouveau devis s’élève à 3.000 Fr. HT. De nouveau laissée à l’abandon au début du XXe siècle, La chapelle est décrite comme une bâtisse « ouverte et délabrée dont les lattes du plafond pourries laissent échapper le plâtre sur le sol […] un socle sur le devant de cette chapelle n’a pas seulement été restauré de sa croix ». A la fin du XXe siècle, il n’y a plus de toiture, les arbres qui ont poussé à l’intérieur dépassent la hauteur des murs, eux-mêmes envahis par des plantes multiples. Depuis 2000, dégagée de la végétation qui l’envahissait, elle est en cours de restauration, grâce aux associations Saint-Didier Commune Rurale et Concordia, à la municipalité, ainsi qu’à l’association Privals et à plusieurs habitants du village. Au printemps 2008, à l’initiative de la Communauté de Communes de Saône Vallée, une croix a été installée sur le socle rénové, à côté de l’entrée de la chapelle.
Le château dit « du Vieux Bourg »
Construit en 1657 sous forme de manoir, à la demande de César de Bernoud, à proximité de sa nouvelle chapelle, le château dit « du Vieux Bourg » fut progressivement transformé. Devenue maison forte avec chambres hautes et basses, il accueille, le 30 mars 1708, un nouveau propriétaire : Jean Hubert, ancien échevin de Lyon, anobli grâce à cette fonction (sous le nom d’Hubert de Saint Didier). Le même jour, celui-ci a racheté à Camille Baraillon (héritier de César de Bernoud) terres et droits de justice. Jean Hubert et son fils Benoît sont tous deux syndics du « Franc Lionnois ». Cela explique sans doute l’investissement dont ils font preuve, tant dans leur château que dans notre village où ils rendent justice. En 1719, à l’occasion du mariage de son fils Benoît Victor avec Antoinette Anisson, le nouveau propriétaire fait moderniser, son château : « une aile y est ajoutée, l’enceinte abattue est remplacée par un mur de clôture. Peu avant la Révolution, une partie de cette aile est démolie, l’autre englobée dans les transformations que réalise l’épouse d’Ennemond Augustin Hubert de Saint Didier, qui ajoute aussi un corps de bâtiment pour la cuisine. »
Balthazar Augustin Hubert de Saint Didier est le dernier de sa famille à avoir vécu au château. Il mérite, à d’autres titres, une mention spéciale. Peintre dont plus de deux cents œuvres se trouvent au musée Gadagne de Lyon, il était fort connu en son temps. Ami d’Ampère, il est passionné de botanique et d’archéologie et ouvert à la littérature, l’histoire, la chimie, la physique et aussi aux mathématiques. Fils d’émigré, Balthazar en a été marqué. En effet, son père Ennemond Augustin Hubert de Saint Didier, à l’issue d’une brillante carrière militaire, doit partir soigner à Pise en 1789, une santé plus que déficiente. Il se retrouve ainsi inscrit puis maintenu sur la liste des « émigrés ». Ses biens sont déclarés « biens nationaux » et vendus comme tels.
Le château est alors racheté par Balthazar Michon, beau-père d’Ennemond Augustin. Il restera ainsi aux Hubert de Saint Didier, jusqu’à ce que Balthazar le vende, en 1819, au sieur Gelpy, de Villefranche. Trois ans plus tard, les pilleurs de château de la « Bande Noire » l’investissent et démolissent la façade principale. Cette partie d’habitation occupait, à elle seule, plus de 47 m. en façade, pour 7,50 m. de profondeur. Si la pierre blanche de Lucenay a servi de matériau principal à la construction des murs, la pierre dorée y a aussi harmonieusement trouvé sa place, soulignant, comme en relief, les angles des murs et les contours des ouvertures. Devant la façade, quatre jardins en terrasses, un bosquet et une pièce d’eau agrémentaient le paysage. Sur le coté, une allée de tilleuls offrait son ombrage. De l’époque de cette splendeur, il reste une partie de l’aile droite du château (totalement privée) et l’ancien puits central. On peut également remarquer à l’angle d’une maison (17, Impasse des Vignes du Château) une tête d’homme couronnée en pierre jaune venant du château.
Le nouveau Bourg
Le déplacement de l’église du Vieux Bourg vers le Berrier, qui a entraîné la naissance du Nouveau Bourg, ne s’est pas fait sans difficultés. L’idée de remplacer la vieille église construite au XIe siècle, sur la colline, se concrétise en 1857. Cette décision entraîne de vives réactions, déclenchant des conseils municipaux parfois houleux. Une partie des habitants souhaite sauvegarder l’église romane alors que d’autres en veulent une nouvelle, plus vaste et plus « moderne ». Finalement, le 26 juillet 1857, après plusieurs mois de discussions, le maire Claude Chapoulet, tenant du remplacement de l’ancienne église, obtient enfin un vote majoritaire. Les opposants ne l’entendent pas de la même oreille. Ils rédigent une pétition, qui récolte près de cent cinquante signatures. Le maire tient bon.
Un autre sujet divise aussitôt le village : faut-il déplacer l’église et, si oui, où la mettre ? Chacun veut l’avoir dans son quartier, y compris ceux qui se vantent de « bouffer du curé ». Enfin, en 1861 une décision est prise. Claude Chapoulet étant décédé en cours de mandat, le nouveau maire, Claude Mandy, déclare au conseil municipal du 3 mars de la même année : «L’église actuelle étant placée dans une extrémité de la commune, il convient de la construire dans le centre soit de son territoire, soit de ses habitations. » Il trace deux diagonales sur le plan communal. Leur jonction tombant sur le hameau dit Le Berrier, il ajoute : « Le point le plus central est le hameau du Berrier » Sa conclusion ne fait pas l’unanimité. Elle lui permet cependant d’obtenir, lui aussi, une majorité. Le 23 mars 1867, quatre-vingt-six contribuables, toujours opposés au déplacement de la nouvelle église, refusent de payer leur participation à son financement. L’affaire remonte jusqu’au ministre de l’Intérieur.
L’implantation de la nouvelle église entraîne évidemment celle de nouveaux commerces. Dès 1868, un café épicerie s’installe en face de l’édifice religieux. Il fait aussi débit de tabac et recette pour les droits de Régie. Très vite, un deuxième café, qui fait aussi boulangerie, voit le jour. L’arrivée de la mairie-école est nettement plus tardive, puisqu’il faudra attendre 1898 pour que la rentrée scolaire puisse s’y faire. Ajoutée à l’église, la venue de l’établissement scolaire et administratif accélère le développement du nouveau bourg. En 1974-1975, c’est tout le village qui, après le départ du dernier prêtre résidant à Saint-Didier, s’unit pour construire l’actuelle salle des fêtes autour du presbytère devenu disponible. Le centre de vie s’est bel et bien déplacé au lieu-dit « Le Berrier ».
L'église paroissiale
Sur proposition du conseil municipal (délibération du 27 juillet 1857), a été décidé de reconstruire l’église paroissiale primitivement installée dans le quartier du Vieux-Bourg (voir cette partie). Barthélemy Donnat, architecte de Sainte-Euphémie, en dresse les premiers plans – refusés par l’architecte diocésain, M. Dupasquier – qu’il va retravailler entre 1865 et 1866. En même temps que s’élaborent lentement les plans de la nouvelle église, décision est également prise de transfèrer son emplacement et de l’implanter désormais au hameau du Berrier, où en 1863, les terrains de Benoît Symphorien Garnier et Pierre Boulas sont acquis par la commune. L’église y est alors construite sous la direction de Louis-Frédéric Benoît (architecte associé à B. Donnat) par Jean Baptiste Marchand (Anse) mais sans toutefois que le clocher ne puisse être réalisé à cette date (novembre 1866) ; entre février et octobre 1895, le clocher est enfin construit grâce au legs d’un habitant de Saint-Didier-de-Formans, Joseph-Nicolas Rojat (1893), par Auguste Chambon (Trévoux). Notons au choeur (sur les culots) la date de mai 1896 qui correspond sans doute à la date de consécration du bâtiment. Construite en pierre de taille locale, cette église a un plan tout à fait classique dans sa facture puisqu’il reprend le plan traditionnel de la croix latine, avec une nef unique (trois travées voûtées d’arètes) que coupe un transept et prolonge une abside à cinq pans. Un clocher-porche (avec escalier en pierre) marque l’entrée ouest à côté de laquelle des fonts baptismaux (XVIIe siècle) provenant de l’ancienne église sont cachés par des portes en chène. Notons encore la sacristie installée à l’angle extérieur, au sud de l’abside et à l’est du transept sud. L’église Saint-Didier a été rénovée dans les années 1980 et sa place réaménagée en 2005.
Au sud de l’église, on peut toujours voir la nouvelle cure construite à partir de 1869 (architecte Donnat) et inaugurée le 7 octobre 1870.
Statues
Le grand crucifix (1,90 x 1,40 m.) de bois – auquel manque la couronne d’épines – placé dans l’abside date sans doute du XVIIe siècle ; la tradition locale le fait provenir du monastère de Seillon puis du grand séminaire de Belley (à partir de 1933 ?). Remarquons dans le bras nord du transept la statue (1,17 x 0,54 m.) de bois doré, représentant l’évêque saint Didier, patron de la paroisse. Elle peut être datée du XVIIIe siècle et provient peut-être de l’ancienne église. En outre, huit statues des XIXe et XXe siècle ont retrouvé récemment (été 2008), leur place dans le chœur.
Quelques années après l’unification du Franc-Lyonnais et de la Principauté de Dombes en 1789, il y eut un temps de controverse locale où la population s’opposa à la construction du nouveau bourg au Berrier. Conséquence d’un passé de division entre les différents quartiers, chacun d’entre eux se plut à s’imaginer être le « nouveau centre ». Il est reproché, entre autre, au quartier du Berrier, de toujours avoir été un territoire indépendant, n’appartenant ni au Franc-Lyonnais, ni à la principauté de Dombes. Ce n’est pourtant pas pour cette raison que ce quartier fut choisi pour devenir le nouveau centre du village. La décision municipale de construire la nouvelle église au Berrier en 1866 marqua la fin de cette polémique. Il faudra attendre 1898 avec la construction d’autres bâtiments publics, pour que le Berrier acquiert l’image d’un bourg unifié.
Le Formans

Le Formans prend sa source dans la Dombes et court sur 35 km. ; il est alimenté par de nombreux étangs et récolte les eaux du Morbier, son principal affluent, à Sainte-Euphémie. Il se jette dans la Saône à l’est de Saint-Bernard. Le Formans ne s’est pas contenté de donner son nom à notre village, il était également frontière géographique, séparant autrefois la Principauté de Dombes et le Franc-Lyonnais. Longtemps utilisé comme voie de communication entre le plateau des Dombes et la Saône, il favorisa également l’implantation des populations dès l’époque gallo-romaine (cf. la Paillassiére). Il permit à Saint-Didier de devenir un terroir d’élection pour les horticulteurs, les pépiniéristes et les agriculteurs, dont les serres et les cultures se rencontrent dans la zone fertile du vallon. Le Formans, par la richesse de sa faune et de sa flore (cf. brochure A la découverte de Sainte-Euphémie), possède aujourd’hui une place privilégiée dans le patrimoine environnemental de Saint-Didier.
Les ponts
Le franchissement du Formans s’est fait durant plusieurs siècles par de simples gués, puis par des passerelles de bois inlassablement submergées par des eaux capricieuses. De nombreuses crues sont restées célèbres (1877 et 1878) qui détruisirent à deux reprises toutes les passerelles alors récemment restaurées. Le premier pont de pierre fut le pont de Rochefort, construit en 1862 puis élargi aux dimensions actuelles en 1965.
Les moulins, leurs biefs et écluses
Durant plusieurs siècles, le Formans a animé, tout au long de son parcours, de nombreux moulins à eau, dont trois situés à Saint-Didier : les moulins du Foulon, de Rochefort et de Roussille. Ils étaient alimentés par des biefs (également appelés « bisses » ou « biez »), canaux dérivant l’eau du Formans, afin de faire fonctionner les roues à aubes ou les turbines des moulins. Chaque moulin était propriétaire et responsable de son propre bief mais également d’une écluse située en amont et régulant le débit du cours d’eau. Les trois moulins avaient donc chacun en leur possession un bief et une écluse distincte. Aujourd’hui, seule l’écluse du moulin de Roussille est en état de fonctionnement. Ces moulins ont deux points en commun : ils ont tous connu une pleine activité au XVIIe siècle, période pendant laquelle Saint-Didier produisait du froment en abondance, et furent tous propriété de Jean Hubert de Saint-Didier.
Le moulin de Rochefort
Ce moulin à blé est cité dans une charte de Cluny dès le Xe siècle (en 994 il est alors nommé « moulin de Vendonesse »), mais son remaniement architectural remonterait à la fin du XVIIe siècle, époque durant laquelle il appartenait à Jean Hubert, seigneur de Saint-Didier. En 1709, l’acte de vente du moulin de Tanay (Roussille) témoigne de l’acquisition par le même Jean Hubert. L’activité de ce moulin devint très importante au XIXe siècle, date à laquelle un logis séparé pour le meunier est ajouté. Au début du XXe siècle, le moulin passe à la famille Mogier qui l’agrandit et construisit un silo à grain. Il cessa son activité en 1979, mais sa roue est toujours présente.
Le moulin du Foulon
On y foulait d’abord le chanvre puis la laine. Il fut construit en 1726 à la demande du seigneur de Saint-Didier, déjà propriétaire des deux autres moulins. Il conserva le nom de « moulin à foulon », bien qu’étant devenu dès le début du XIXe siècle un moulin à blé. Son activité a cessé dans la première moitié du XXe siècle. Le matériel du moulin ainsi que son mécanisme ayant été enlevés et le logis remanié, il ne reste malheureusement que peu de traces du passé.
Le moulin de Roussille
Bien qu’un moulin soit attesté à Saint-Didier dès le XIe siècle, on ne peut cependant confirmer l’existence du moulin de Roussille (appelé à l’époque
moulin de Tanay) avec certitude avant la fin du XVIIe siècle. En 1709, Claude Janin, seigneur de Tanay, vend le moulin (incluant maison, bâtiments, dépendances agricoles, cour, jardins et terres) à Jean Hubert, seigneur de Saint-Didier. Endommagé par des innondations, le moulin reste inoccupé jusqu’en 1726 ; Jean Hubert le baille alors à long terme à Pierre Thévenin, meunier de Rochefort, à condition que celui-ci remette en état l’édifice ainsi que le circuit d’eau. En 1780, il passe à Antoine Girard, marchand papetier à Lyon. C’est son petit-fils, Claude-Marie, qui adaptera à partir de 1854 le moulin et son fonctionnement à l’évolution de la meunerie (construction d’un barrage, remplacement de la roue) et transformera également le bâtiment (agrandissement des communs, remaniement du logis). En 1897, Mme veuve Joseph Reuther, meunière, prend en location la propriété de Tanay, composée d’une maison bourgeoise et d’un moulin à farine à deux paires de meules et roue hydraulique, ainsi que des dépendances agricoles, jardin, etc. Son fils cadet, François, achète le moulin en 1921, le modernise et améliore son fonctionnement : utilisation de broyeurs à cylindres, ajout d’une turbine en 1932… En 1959, son fils Roger lui succède. L’exploitation parvenue au stade industriel (minoterie), impose un agrandissement du bâtiment. La minoterie cesse son activité à la mort de Roger Reuther, en 1985.
Eléments patrimoniaux
La borne du franc-lyonnais
Cette borne est sans doute l'une de celles qui, dans notre village, indiquaient, avant la Révolution, la séparation entre le Franc-Lyonnais et la Dombes. L'éclatement du Royaume de Bourgogne et l'éloignement de l'Empereur de Germanie, consécutifs au partage de l'Empire de Charlemagne, lors du traité de Verdun (843) a permis à trois puissantes familles de notre région (Baugé, Villars, Beaujeu) d'acquérir leur indépendance, accumulant des privilèges. Cette particularité donne naissance, au XIe siècle, à un véritable état qui, à partir du XVIe siècle, prendra le nom de Souveraineté puis de Principauté de Dombes. Parallèlement, Au XIIe siècle, l'Eglise de Lyon, désireuse d'augmenter son pouvoir, achète, au nord de la ville dix villages en bord de Saône (Cuire-la-Croix Rousse, Caluire, Fontaine, Rochetaillée, Fleurieu, Neuville, Genay, Le Bermoud, Civrieux, et Saint-Jean-de-Thurignieux) puis en 1239-1264, trois autres plus éloignés Saint-Didier et Riottier, puis Saint-Bernard (Saint-Didier et Riottier, puis Saint-Bernard). Elle laisse aux habitants leurs anciens privilèges. Ce nouveau territoire prend, en 1525, le nom de « Franc Lionnois ». A Saint-Didier-de-Formans, la rive droite du Formans, est ainsi « de la part du Franc Lionnois », alors que la rive gauche reste « de la part de Dombes », l’actuel Formans servant de frontière entre les deux états.
Vieux puits du Ch. Charbonnet
Bien qu’irrigué par le Formans, le village était alimenté en eau potable par quelques sources et de nombreux puits. Certains étaient privés, d’autres
desservaient tout un quartier. Le puits du chemin Charbonnet revêt à ce titre un intérêt exemplaire. D’abord appartenant à un particulier à l’époque où la famille « Michel dit Reverdy » détenait une grande partie du Bourg actuel, il est devenu puits de quartier lorsque le propriétaire a dispersé ses biens. Chacun venait y puiser son eau, y compris les deux cafés voisins : le café-boulangerie Berrodier et le café-épicerie-tabac Rank (aujourd'hui l’As de cœur). Il a été récemment restauré par la Communauté de Communes de Saône Vallée et l’Association Saint-Didier Commune Rurale.
Les murs en « arête de poisson »
En Dombes, si la pierre de taille a toujours fait défaut une autre forme de bâti s’est imposée : la terre et les galets (déposés lors des dernières glaciations quaternaires) ; autrefois extraits des plaines et des rivières, ils étaient employés principalement dans le soubassement des murs des maisons et de clôture. Plusieurs techniques se retrouvent dans la manière de poser ces galets afin de donner une belle allure au bâtiment. La plus répandue – et certainement la plus ancienne – était l’opus spicatum, dit aussi appareil « en arête de poisson » ou « en épi de blé » . Cet usage était déjà très répandu à l’époque romaine. Il s’agit d’un alternance de briques, de carrons, de galets ou plus récemment de moyen appareillage en pierres, servant à isoler le mur en pisé de l’humidité et à décorer les façades. (D’après Parcours patrimoine en Dombes, 2008, du syndicat mixte Val de Saône sud).
Quelques croix remarquables
Nous ne saurions terminer notre parcours des lieux patrimoniaux de notre village sans faire mention de la croix de l’ancien cimetière et des deux croix de mission qui en ornent différents quartiers et/ou lieux-dits.
Le Vieux-Bourg
À côté de la chapelle (angle nord-ouest), est attestée la présence d’une ancienne croix que la tradition locale daterait de 1630. Nous n’en connaissons qu’une mention ancienne relevée par un érudit local sur le fût de pierre aujourd’hui disparu : Ceste + en avril 1630. Aujourd’hui, si la croix originelle n’existe plus, elle a toutefois été remplacée par une croix métallique (XIXe siècle) provenant du cimetière de Trévoux montée sur un socle de pierre maçonné à la chaux et récemment (2008) restauré dans le cadre du programme « Petit patrimoine » de la CCSV.
Croix du Renard ou Croix de Pénozan
La tradition locale utilise pour désigner cette croix datant de 1865 ces deux expressions distinctes provenant du nom des deux rues qui en forment le carrefour. Fichée au sommet d’un fût de pierre dressé sur un imposant socle cubique de pierre jaune, cette croix métallique a elle-aussi été restaurée en 2008 par la CCSV.
Croix des Bruyères
Située à l’entrée sud du village dans le quartier des Bruyères, cette croix de ciment (XXe siècle) en très mauvais état devrait être – dans le courant de l’année 2009 – remplacée par une croix de pierre beaucoup plus ancienne et aujourd’hui démontée depuis une vingtaine d’années. La tradition orale situerait l’emplacement originel de cette croix au quartier du Berrier, sous l’église actuelle, proche du carrefour des rues du Berrier et de Chantemerle. Mise en réserve, elle porte la date de 1748 et le monogramme IHS (Iesus Hominum Salvator = Jésus sauveur des hommes) ; elle doit être restaurée prochainement et devrait apporter au carrefour des Bruyères son lustre vénérable.
Le Château de Tanay
Le château des Sires de Tanay, situé en principauté des Dombes, était sous la suzeraineté des Sire de Villars, qui tenaient la Châtellenie de Trévoux. Ces derniers résidèrent d’abord à Villars (aujourd’hui Villars-les-Dombes), puis à Trévoux, en bord de Saône. Maison forte à l’origine, le château de Tanay faisait partie des « forteresses carrées » de l’an 1000. Au XIe siècle, il était déjà la propriété des sires de Tanay. Un document, datant de 1064, montre en effet qu’à cette date, « Théotgrin et Hugues de Tanay » ont été témoins d’une transaction. De nombreux documents font référence à l’influence considérable des sires de Tanay, durant les siècles suivants.
Simple village de pécheurs, Trévoux n’a d’abord été qu'un hameau en bord de Saône, dépendant de Tanay, mais sous l'influence croissante des Sires de Villars, Trévoux se développe au détriment de Tanay. Ainsi en 1297, Humbert de Thoire Villars, suzerain, reconnaît à Guillaume de Tanay un droit de justice sur Tanay (ce qui implique la supériorité des Villars sur les Tanay). En 1313, par le biais d’un mariage, le château devient, pour plus d’un siècle, la propriété de la famille d’Ars. En 1510, le 3 septembre, François Varinier, alors seigneur de Tanay, déclare la maison forte de Tanay, avec ses fossés, maison, grange, étable, petit jardin, verger, verchère, terres et bois. Il atteste également posséder le port de Trévoux, un petit péage sur la rivière et des droits de fortification et de guet. Ce petit droit de port et passage sur Saône, réuni à la seigneurie de Tanay par les Variniers, resta jusqu'au 1er mai 1720. Ensuite, soit par succession soit par achat, divers propriétaires se succèdent. En 1792, propriété de Ennemond Hubert de Saint Didier, le château est vendu, avec les terres environnantes (comme son château du Vieux-Bourg) et acheté par un certain Gaspard Chabert, de Villefranche. Transformé en ferme, il est restauré dans son état actuel, de 1955 à 1975, par Monsieur Fayol, puis revendu. Le petit donjon posé sur le toit, au-dessus de l'entrée est son œuvre. Le château sert ensuite de lieu de retraites à la « La Rose Croix A.M.O.R.C. » et est finalement racheté par un particulier et est désormais fermé à la visite.
Son ancienneté, la succession de périodes fastes et d’années de misère et la diversité des familles propriétaires expliquent sans doute les nombreux remaniements de ce château dont les murs et la façade d’entrée portent encore les traces.
Le monument de Roussille
Ce monument, comportant une sculpture en bas relief d’André Tajana, fut inauguré le 16 juin 1946, en commémoration du massacre de vingt-huit patriotes par la Special Division allemande, deux ans auparavant. Son financement a été assuré par une souscription lancée par le maire et son conseil municipal. Le 16 juin 1944, vers 20 heures, trente prisonniers détenus à la prison de Montluc de Lyon dans différentes cellules, sont rassemblés et menottés deux par deux. Ils sont embarqués dans un camion bâché sous escorte de deux voitures remplies d’une vingtaine de militaires, officiers et sous-officiers, armés de mitrailleuses. Le convoi se dirige Place Bellecour et s’arrête au siège de la Gestapo, pour repartir une vingtaine de minutes plus tard en direction du nord, remontant la rive gauche de la Saône. A la sortie de Trévoux, les véhicules prennent la direction de Bourg-en-Bresse et s’immobilisent quelques kilomètres plus loin sur la commune de Saint-Didier-de-Formans, le long d’un pré clos de haies et d’arbres, au lieu dit Roussille. A cet endroit, quelques jours plus tôt, le dimanche 11 juin, un convoi de soldats allemands venant de Sathonay fut arrêté par des
arbres barrant la route. Croyant à un piège de la Résistance, les soldats fouillent les environs et ne trouvant rien de suspect, repartent en direction de Chatillon-sur-Chalaronne, où la colonne est prise sous le feu des maquisards. Ces faits éclairent peut-être la suite des événements… Le débarquement vient d’avoir lieu, l’armée d’occupation est à cran. Pour maintenir le calme, on doit faire peur, répandre la terreur par les représailles, tout en vidant les prisons. Les voitures escortant les prisonniers se positionnent en travers de la route, devant et derrière le camion. Sur ordre, quatre prisonniers descendent du camion et sont dirigés vers l’entrée du pré où on leur enlève leurs menottes. A peine ont-ils le temps de parcourir quelques mètres qu’ils sont abattus par quatre tueurs postés deux par deux de chaque côté de l’entrée, derrière la haie, à l’intérieur du pré. Les autres prisonniers vont subir le même sort ; cependant deux d’entre eux, grièvement blessés vont survivre à ce massacre et sont soignés par des familles du village et conduits ensuite dans deux familles de résistants à Trévoux.
Ces détenus de Montluc étaient incarcérés soit par simple dénonciation, soit pour activité anti-allemande ou faits de résistance. Ils sont natifs des Bouches du Rhône, de la Drôme, de l’Isère, de la Haute-Garonne, de l’Hérault, de la Loire, de la Haute-Loire, de la Manche, de Paris, du Rhône, de la Savoie, de la Haute-Savoie, des Vosges, d’Italie ; seuls quatre d’entre eux ne purent être identifiés. Ils sont ouvrier, artisan, militaire, mineur, avocat, fonctionnaire, professeur, universitaire… le plus jeune à dix-neuf ans et le plus âgé cinquante-huit ans. L’horreur de ces exécutions va entraîner, à son tour, une volonté de représailles. Le 26 octobre 1944, dix prisonniers de guerre de l’armée allemande, en uniforme portant le sigle PG dans le dos, sont exécutés dans ce même pré par quelques personnes. Pour rendre impossible l’identifica-tion des corps, les papiers et objets personnels leur ont été retirés. En cette période où la débâcle de l’occupant commence à se faire sentir, cette exécution sommaire ne semble pas avoir été commanditée par quelque autorité que ce soit de la Résistance.
Tous sont égaux devant la mort ; parmi les trente fusillés de Roussille, l’un d’eux fut un historien reconnu : Marc Bloch.
« Attaché à ma patrie par une tradition familiale déjà longue, nourri de son héritage spirituel et de son histoire, incapable, en vérité, d’en concevoir une autre où je puisse respirer à l’aise, je l’ai beaucoup aimée et servie de toutes mes forces. » (Testament de M. Bloch écrit le 18 mars 1941 à Clermont-Ferrand et cité par Bronislaw Geremek, « Marc Bloch, historien et résistant », dans Conférence Marc Bloch, 1986 – Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris).
Historien médiéviste de première importance, Marc Bloch est né à Lyon en 1886 d’un père alors professeur d’histoire de l’Antiquité gréco-romaine à l’université de Lyon avant de devenir en 1904 titulaire de la chaire d’histoire romaine en Sorbonne. Il fit ses études à Paris et devint agrégé d’histoire en 1908 avant de partir sur le front allemand où il reçoit plusieurs décorations (1915, 1916 et 1917) pour faits d’arme. Devenu jeune enseignant à l’Université de Strasbourg en 1919 (jusqu’en 1936), il soutient sa thèse de doctorat en 1920 et publie, en 1924, un livre fondateur (Les rois thaumaturges) régulièrement réédité de nos jours. En 1929, en compagnie de Lucien Febvre, il fonde la revue d’histoire Les Annales d’histoire économique et sociale qui donnera son nom à une « tradition » historique célèbre dans le monde entier : « l’Ecole des Annales ». Père de six enfants, il endosse malgré tout l’uniforme en 1939 avant de s’engager à Clermont-Ferrand (puis à Lyon) dans la Résistance. Arrêté le 8 mars 1944, celui qui était connu dans la clandestinité sous les noms d’Arpajon, Chevreuse ou bien encore Narbonne est sorti des geôles de Montluc le 16 juin et fusillé avec les autres martyrs de la résistance dans le tristement célèbre pré de Roussille. Il est inhumé avec ses vingt-sept autres compagnons le 18 juin 1944 dans le cimetière municipal. Son corps fut exhumé le 18 septembre 1975 afin de reposer à Fougères.
Le Pigeonnier des Vernes
Malgré l’édit de Louis Auguste, Prince de Dombes, ordonnant en 1754 la destruction de certains colombiers à pied, Saint-Didier-de-Formans possédait encore en 1993 plusieurs pigeonniers. Aujourd’hui un seul a survécu : le pigeonnier des Vernes. Construit en pisé sur solin de pierres et galets, il doit peut-être sa persistance à sa transformation en habitation où a vécu un valet de la propriété voisine. Au premier niveau, une pièce dotée d’une fenêtre et d’une cheminée offre encore au regard un papier peint à fleurs et oiseaux. Le toit en pavillon s’orne d’un lambrequin en bois découpé. Il est surmonté d’un clocheton semblable à ceux que l’on trouve si fréquemment dans cette région de Dombes. Il est aujourd’hui (2009) propriété privée et fermé à la visite.
Les fermes traditionnelles
Dès le XVIIIe siécle l’habitation traditionnelle de la Dombes est la ferme en pisé ; Saint-Didier-de-Formans n’échappe pas à cette tradition architecturale. La lecture du cadastre napoléonien de 1823 permet d’en dénombrer une quarantaine. Ces fermes sont édifiées selon le même procédé jusqu’au début du XXe siècle. Le pisé est un mélange d’argile, de sable et de cailloux, tassé et monté en couches successives, en alternance avec un lit de chaux, sur un soubassement de pierres ou de galets. L’eau étant le principal ennemi du pisé, ce soubassement joue un rôle protecteur en éloignant le pisé de l’humidité du sol. Les avancées de toiture, recouvertes de tuiles creuses, dites « tuile canal », protégeaient les façades contre les intempéries et le ruissellement des eaux du toit. Aujourd’hui, les façades de ces fermes ont pour la plupart été recouvertes par un enduit de chaux. Ainsi privées de leur rôle initial protecteur, les avancées de toiture ont conservé leur charme d’autrefois et donnent un caractère esthétique à ces anciennes demeures.
Parmi les fermes désidériennes, se distinguent trois types :
- les fermes à cour carrée (la ferme des Tours) ;
- les fermes en U (la ferme de la Grande Terre) ;
- les fermes en L (la ferme du Vieux Chêne ou La Grange Bernady).
Ces fermes s’organisent toutes autour d’une cour centrale dans laquelle on trouve souvent un four à pain, qui cuisait le pain de toute la maisonnée, et un puits plus ou moins profond construit de rangées de pierres et de galets. Elles se composent de plusieurs bâtiments : l’habitation et divers bâtiments agricoles, selon le type de l’exploitation. On trouve couramment la remise à grain, le hangar, le poulailler, et le cochonnier ; l’existence d’un moulin à vent est plus rare : la situation élevée de la ferme de la Grange Bernady lui a permis d’en possèder un. Au fils des siècles, ces fermes ont connu de nombreux remaniements . En atteste une tuile datée de 1872 et signée « Meonssseure François Gonnot », retrouvée à la ferme de la Grande Terre. À ce jour, nombreuses sont celles qui ont cessé toute activité agricole. Peu à peu rénovées et transformées en habitations, elles témoignent néanmoins du caractère rural de Saint-Didier et de son histoire.
Bibliographie restreinte
- Marie-Claude Guigue, Les voies antiques du Lyonnais, du Forez […] déterminées par les hôpitaux du Moyen Âge, Lyon, Librairie générale Henry Georg, 1877, 172 pages.
- Joannès-Erhard Valentin-Smith, Fouilles dans la vallée du Formans en 1862, Lyon, Aug. Brun, 1888, VII + 156 pages.
- Jérôme Dupasquier, Saint-Didier-de-Formans. 2000 ans d’histoire, Bourg-en-Bresse, Musnier-Gilbert Editions (coll. Ainventaire), 2000, 175 pages.
- Dossier de candidature au Pays d’art et d’histoire, 2008 : disponible en ligne (mai 2009) : http://www.saone-vallee.fr/page.asp?pole=4&id=458
- Le Désidérien (de 1995 à 2009) : bulletin de liaison de ASDCR.
- Charles PERRIN, dit Vauban, "Dans la nuit et le brouillard. Le massacre de Saint-Didier-de-Formans", dans « Le Réveil du Lyonnais », janvier 1947, reproduit et publié en ligne (adresse au 22 juillet 2010) : http://www.maquis-azergues.com/spip.php?article40.